Comment Sarah Najjar transforme le dessin en pratique méditative ?

par adm
SARAH NAJJAR «DESSINER EST UN ACTE TRÈS MÉDITATIF»

Sarah Najjar s’affirme aujourd’hui comme une voix singulière de l’illustration contemporaine, mêlant enquête, intimité et couleurs pour interroger la fin de vie. Son travail s’appuie sur des recherches, des rencontres et des expériences personnelles qui donnent naissance à des albums sensibles comme Prendre corps. Les thèmes du deuil, de la mort et de l’accompagnement sont traités avec une grande pudeur graphique et une palette audacieuse qui surprend et attire l’attention des lecteurs.

Pourquoi Sarah Najjar s’intéresse-t-elle à la question de la mort?

Un intérêt académique a ouvert la porte à ce chantier artistique. Durant ses études, elle a suivi des cours d’histoire des sensibilités mortuaires qui ont éveillé sa curiosité. Ce contexte universitaire a posé les premières pierres d’un questionnement durable.

Une immersion culturelle a ensuite transformé cette curiosité en matière créative. Lors d’un travail de mémoire au Mexique, elle a découvert des rites plus colorés et collectifs face à la fin de vie. Cette rencontre a largement influencé son regard sur le deuil.

La combinaison de l’observation et du vécu personnel a rendu le sujet incontournable dans son œuvre. Les terrains explorés l’ont conduite à mettre en lumière des pratiques sociales oubliées ou invisibilisées. Le résultat se retrouve dans ses albums et ses récits illustrés.

Comment ses expériences personnelles ont-elles influencé son art?

Des pertes proches ont servi de déclencheur émotionnel pour créer. Les décès d’amies puis celui d’un frère en situation de handicap l’ont plongée dans un état où le dessin est devenu un moyen de nommer l’innommable. Le témoignage intime irrigue désormais ses récits.

Le processus créatif a aussi été une thérapie pratique. La pratique du dessin a permis d’organiser pensées et images quand les mots faisaient défaut. Cette nécessité de donner forme à la douleur explique la tonalité très personnelle de ses albums.

Pourquoi privilégier des couleurs vives pour parler du deuil?

Un contraste volontaire guide sa palette graphique. Là où le sujet pourrait inciter au sombre, elle oppose des teintes éclatantes pour redonner de la douceur et de la chaleur aux récits de fin de vie. Cette approche vise à rendre le deuil plus accessible.

Dans Un souffle à l’aube, la progression du noir et blanc vers la couleur fonctionne comme métaphore du cheminement intérieur. Le passage chromatique traduit une manière de se réapproprier le monde après la perte. La couleur devient alors une porte vers l’espoir.

La technique de l’aquarelle, choisie pour Prendre corps, intensifie ce parti pris. Les lavis et textures apportent une présence sensible au sujet sans le dramatiser. L’aquarelle insuffle une douceur qui contraste avec les stéréotypes autour de la mort.

La société cache-t-elle la mort en Suisse?

Le basculement culturel vers une mort institutionnalisée est bien documenté. Historiens et observateurs rappellent qu’autrefois la mort se vivait au sein des maisons et des quartiers. La disparition de ces pratiques collectives a creusé un éloignement entre les vivants et le mourir.

Le phénomène s’observe dans la géographie des lieux et des rituels. Les soins en établissement et à l’hôpital déplacent la fin de vie hors de l’espace public. Cette mise à l’écart a fait perdre des gestes, des paroles et des savoir-faire liés à l’accompagnement.

Pourquoi mettre en lumière les métiers qui accompagnent la fin de vie?

Une question simple et concrète a guidé son enquête artistique lors d’un deuil familial. Face au décès proche, elle se demanda comment gérer le corps et les premières démarches. Chercher des réponses a motivé ses rencontres avec des professionnels du funéraire et des soins palliatifs.

Le choix de raconter ces parcours est conçu pour transmettre des savoirs pratiques et humains. Rendre visibles ces métiers permet d’apaiser l’inconnu et de fournir des repères à ceux qui traversent le deuil. L’aspect pédagogique se mêle alors à l’esthétique.

Plusieurs témoignages ont marqué son travail, notamment celui d’une sage‑femme spécialisée dans le deuil périnatal. La façon dont elle accueille les parents après une perte a profondément touché l’illustratrice. Ces fragments de parole nourrissent la sincérité des albums.

Mettre en récit ces métiers offre une double fonction: documenter et humaniser. Le lecteur y trouve informations concrètes et proximité émotionnelle. Cette démarche transforme des pratiques techniques en récits utiles et rassurants.

En quoi le dessin peut-il être thérapeutique pour l’artiste?

Le dessin a agi comme une pratique méditative et réparatrice. Après un suicide et des nuits blanches, l’illustration a été un espace pour libérer les tensions et apprivoiser la souffrance. La création graphique a donc remplacé l’obsession par une activité structurante.

Des routines simples ont consolidé ce rétablissement. L’adoption d’exercices corporels et de rituels du soir a contribué à retrouver un sommeil apaisé. Ces gestes quotidiens ont renforcé la discipline créative et la stabilité émotionnelle.

Le rapport entre outils artistiques et résilience est constant dans son discours. La couleur, la texture et le format deviennent des alliés pour exprimer l’inexprimable. L’art n’est pas présenté comme panacée mais comme un moyen concret de transformation.

Quelles pratiques et méthodes soutiennent son équilibre?

La méditation figure parmi ses habitudes, accompagnée d’autres approches corporelles. Les massages réguliers et les techniques de médecine traditionnelle enrichissent sa prise en charge personnelle. Ces choix montrent une volonté d’écoute du corps.

Des thérapies complémentaires entrent dans son quotidien et élargissent ses outils de bien‑être. Parmi eux se trouvent la médecine chinoise et l’ayurveda pour certaines problématiques. Ces pratiques servent autant la prévention que la créativité.

  • Méditation quotidienne pour apaiser le mental
  • Massages (thaï, shiatsu, tui na) pour rester connecté au corps
  • Rituels du coucher sans écrans pour préserver le sommeil

Quels ouvrages et techniques racontent son parcours?

Plusieurs publications permettent de suivre l’évolution de son travail graphique et thématique. Le premier ouvrage autoédité est né d’une période de confinement créatif. Par la suite, des titres publiés en maison d’édition ont exploré la mort et l’accompagnement sous un angle documentaire et poétique.

Ouvrage Thème Technique
Confessions confinées Intimité et quotidien en confinement Illustration personnelle et récit
Un souffle à l’aube Cheminement du deuil Progression du noir et blanc à la couleur
Prendre corps Accompagnement en fin de vie Aquarelle et reportage illustré

Les techniques varient mais l’intention reste constante: documenter, témoigner et rendre visible ce qui est souvent tu. Ce mélange d’enquête et d’expression picturale forge la singularité de son œuvre.

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