Les multiples enjeux du gaspillage alimentaire

Les multiples enjeux du gaspillage alimentaire

“Le gaspillage alimentaire représente des pertes économiques et sociales aux conséquences écologiques considérables”.

Le gaspillage alimentaire comme enjeu éthique

Jeter de la nourriture consommable est “moralement et politiquement inacceptable”. Il s’agit d’un enjeu éthique.

Le gaspillage alimentaire comme enjeu économique

“Le gaspillage alimentaire est un échec majeur de notre économie” Les déchets alimentaires et les déchets d’emballage plastique représentent deux défis majeurs de l’économie du XXIème siècle. 

Chaque année, le coût direct du gaspillage alimentaire est de 1000 milliards de dollars. A l’échelle de l’Europe c’est 143 milliards d’euros, soit l’équivalent du budget de fonctionnement de l’Union Européenne. A l’échelle de la France, c’est de 16 milliards d’euros. Ce coût rapporté par personne et par an, est de 159 euros.

Le gaspillage a un coût différent à chaque étape de la chaîne agro-alimentaire. Le tableau ci-dessous indique le coût de gaspillage de chacune d’elle.

Etape de la chaîne alimentaireCoût du gaspillage alimentaire
Production2 milliards d’euros
Transformation2,2 milliards d’euros
Distribution4,5 milliards d’euros
Restauration hors domicile3 milliards d’euros
A la maison4,1 milliards d’euros par an

Tableau 1- Coût du gaspillage alimentaire à chaque étape de la chaîne agro-alimentaire

Graphique 2 – Répartition du gaspillage alimentaire à chaque étape de la chaîne agro-alimentaire.

C’est en bout de chaîne que le gaspillage est le plus coûteux. En effet, le prix des produits augmente en même temps que le nombre d’intermédiaires. C’est notamment lors de la distribution et de la consommation à domicile, que le coût du gaspillage est le plus important.

Une famille de quatre personnes pourrait économiser plus de 400 euros par an si elle réduisait son gaspillage alimentaire au quotidien.

Au-delà du gaspillage de l’aliment, le gaspillage représente des dépenses inutiles en terme de production, main d’œuvre, transport et traitement des déchets, et impacte directement la marge du producteur, distributeur ou restaurateur.

Le gaspillage alimentaire comme enjeu social

Dans certains pays, le contexte économique, politique et financier rend difficile l’accès à l’alimentation. Le gaspillage alimentaire est un enjeu social car la malnutrition est importante dans le monde. A l’échelle mondiale, c’est 1 personne sur 9, l’équivalent de 800 millions de personnes qui a du mal à se nourrir tous les jours à sa faim. Il s’agit d’une crise alimentaire importante qui risque de s’aggraver avec les années au vue de l’accroissement de la population mondiale et à l’inverse, de l’épuisement des ressources naturelles. Réduire le gaspillage alimentaire permettrait d’assurer une sécurité alimentaire. (Thyberg & Tonjes, 2016). En effet, la nourriture gaspillée pourrait nourrir l’équivalent de 2 milliards de personnes, soit plus du double du nombre de personnes sous-alimentées dans le monde. A contrario, c’est aussi 1 milliard de personnes qui sont sur-alimentées dans le monde.

A l’échelle de la France, c’est 1 personne sur 10 soit l’équivalent de 8 millions de personnes qui ont du mal à se nourrir. L’aide alimentaire est attribuée à 5,5 millions de personnes en France.

La réduction du gaspillage grâce aux dons aux associations, permettrait d’alimenter une partie de la population dans le besoin.

Le gaspillage alimentaire comme enjeu environnemental

Le gaspillage est dû à une sur-production et sur-consommation. Il a un impact non négligeable sur l’environnement.

L’agriculture intensive affecte la qualité des sols, qui deviennent moins fertiles, à cause de l’utilisation des engrais et le non-respect des périodes de jachère. La sur-production fait subir des pressions inutiles aux sols. Un exemple concret, en “2007, presque 1,4 million d’hectares ont été utilisés pour produire des aliments finalement gaspillés. Cela représente une surface supérieure au Canada et à l’Inde réunis.” Et c’est aussi 19% des engrais et 18% des terres cultivées qui sont utilisés pour produire des aliments gaspillés inutilement. Le gaspillage fait donc pression sur les ressources naturelles disponibles.

Le gaspillage alimentaire affecte la biodiversité lors de l’élevage, la pêche, et la chasse. L’agriculture modifie l’habitat naturel, surexploite, et pollue. Chaque année, elle est à l’origine  de 9,7 millions d’hectares déboisés, soit 74% de la déforestation annuelle totale. Désormais, certains des poissons pêchés sont en voie d’extinction. D’autre part, les experts affirment la disparition d’espèces de poissons pêchés de nos jours, avant 2050.

Gâcher de la nourriture, c’est aussi gâcher l’eau. Ce gaspillage affecte la qualité et la quantité d’eau disponible. L’agriculture utilise 70% des réserves d’eau douce mondiale. Avec le gaspillage alimentaire, c’est 21% de l’eau douce mondiale qui est gaspillée. En 2007, cela représentait 250 km3 d’eau consommée, soit l’équivalent de 3 fois le volume du lac de Genève. A plus petite échelle, la fabrication d’une baguette de pain consomme 200 litres d’eau. C’est la production de fruits, de céréales et de viande qui nécessite le plus d’eau. L’augmentation de la production alimentaire prévue dans les prochaines années nécessitera la consommation accrue d’eau. Cependant, le manque d’eau mettra en péril la sécurité alimentaire mondiale. 

Les émissions de gaz à effet de serre

L’agriculture utilise les énergies fossiles à toutes les étapes de la production : la création des engrais, la mécanisation des récoltes, l’irrigation, la conservation, le transport. De plus, les déchets inutilement produits par le gaspillage alimentaire dégagent du méthane. A l’échelle mondiale, le gaspillage alimentaire représente 8% des émissions de gaz à effet de serre. En France, c’est 3% de l’ensemble des émissions de CO2 de l’activité nationale, soit l’équivalent 1/3 des émissions des véhicules particuliers.  Si le gaspillage alimentaire était un pays, il se situerait à la troisième place des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre derrière les Etats-Unis et la Chine. D’une manière globale, le gaspillage alimentaire a un impact négatif sur le réchauffement climatique.

Enfin, le gaspillage génère des déchets inutiles qui envahissent les océans et les décharges. Le gaspillage alimentaire représente 21% des volumes d’enfouissement.

Le compost, la préparation des restes et le don alimentaire constituent un ensemble de solutions afin de réduire l’impact environnemental de ce gaspillage.

Le gaspillage comme enjeu politique

Les pouvoirs publics se sont penchés sur la question des déchets alimentaires, avant de s’interroger sur le gaspillage alimentaire. C’est en 2010, lors du Grenelle de l’environnement qu’un objectif de réduction de 7% des déchets ménagers en cinq ans voit le jour. De même, la loi Grenelle 2, relative à la valorisation des biodéchets entre en vigueur. Elle impose un seuil limite de biodéchets, qui diminue chaque année : “les producteurs ou détenteurs d’une quantité importante de déchets composés majoritairement de biodéchets […] autres que les déchets d’huiles alimentaires sont tenus d’en assurer le tri à la source en vue de leur valorisation organique”. Cette imposition de valorisation des biodéchets à partir d’un certain seuil, incite les établissements à réduire leur production de biodéchets. S’attaquer à la production de biodéchets contribue directement à la lutte contre le gaspillage alimentaire.

En France, c’est en 2012 que les premières décisions concrètes sont prises pour lutter contre le gaspillage alimentaire avec le Pacte National de Lutte contre le Gaspillage Alimentaire, impulsé par Guillaume Garot, alors Ministre délégué de l’agroalimentaire.  L’objectif ambitieux est de réduire de moitié le gaspillage d’ici 2025. Il s’agit donc de passer en 12 ans, de 10 millions de tonnes à 5 millions à de tonnes de gaspillage par an. Afin d’obtenir les résultats attendus, il est nécessaire de mettre en place des actions concrètes dans un effort collectif. Ce pacte valorise l’implication de chacun des acteurs. Il répond à trois objectifs : “ – S’engager concrètement contre les dérives de la société de surconsommation. – Protéger l’environnement en économisant des ressources et en réduisant la production de déchets. – Retrouver du pouvoir d’achat.” Il s’inscrit dans la politique publique de l’alimentaire et est largement soutenu par l’ONU avec les programmes FAO et PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement).

L’Union Européenne quant à elle, décrète symboliquement, l’année 2014 comme année européenne de la lutte contre le gaspillage alimentaire. Elle se réunit le 16 mai 2017, pour définir un ensemble de mesures pour réduire de 30% le gaspillage alimentaire d’ici 2025 et de 50% d’ici 2030, par rapport aux chiffres de 2015.L’Etat joue un véritable rôle dans la sensibilisation de la population à la question du gaspillage alimentaire. Cette sensibilisation est importante comme le mentionne la Loi Agriculture et Alimentation : “l’éducation alimentaire des plus jeunes sera développée, notamment en rendant obligatoires l’éducation à l’alimentation et la lutte contre le gaspillage alimentaire dans les comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC)” Afin de communiquer sur le sujet la journée du 16 octobre est définie pour être la journée mondiale de lutte contre le gaspillage alimentaire. Journée de sensibilisation nationale.

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